Enquête transversale sur l’ampleur et les conséquences de l’infection chronique par le virus de l’hépatite B au Sénégal

Problématique : 

D’après les données disponibles, la prévalence de l’infection chronique par le VHB au Sénégal est parmi les plus élevées au monde (entre 10 et 17%). Cependant, ces données sont parcellaires (études menées dans les grandes métropoles, sur des populations à risque ou spécifiques). Aucune étude n’a mesuré l’ampleur de l’infection chronique par le VHB en zone rurale et en population générale, ni ses conséquences sur les conditions de vie des populations. Ces connaissances sont nécessaires afin que les responsables de la lutte contre les hépatites au Sénégal puissent faire des choix de politiques de prévention et de prise en charge adaptés et efficaces.

Objectifs : 

Étudier l’ampleur et les conséquences de l’infection chronique par le VHB sur les conditions de vie des personnes atteintes et de leurs ménages en milieu rural au Sénégal, pays d’Afrique de l’Ouest à forte endémicité. Les objectifs spécifiques sont : 1/ documenter l’épidémiologie de l’infection chronique par le VHB en population générale dans la zone de l’observatoire démographique et de santé de Niakhar ; 2/ évaluer ses conséquences sur les conditions de vie des personnes atteintes et de leurs ménages ; 3/ estimer l’impact de santé publique, les coûts et la faisabilité d’un accès décentralisé aux traitements.

Méthodologie : 

La méthodologie du projet repose sur la conduite d’une enquête transversale comprenant un recueil de données réalisé à deux niveaux : (i) à domicile, au sein d’un échantillon de 3 200 individus, représentatif de la population générale de la zone de Niakhar (dépistage du VHB par prélèvement sanguin sur papier buvard, collecte de données sociodémographiques, économiques et comportementales par questionnaire administré en face-à-face auprès des adultes) ; (ii) en structures sanitaires, auprès des personnes atteintes, au moment du rendu du résultat du dépistage et du counseling post-test (recueil d’informations cliniques et biologiques permettant d’évaluer le stade de l’infection et l’atteinte hépatique, questionnaire en face-à-face permettant de documenter l’état de santé et les symptômes ressentis par la personne).

État d'avancement : 

La collecte de données de l’enquête principale (à domicile) s’est déroulée d’octobre 2018 à mai 2019 ; 3118 participants ont été inclus avec un taux de participation individuelle de 92%. 206 participants ont été diagnostiqués porteurs chroniques du VHB, soit un taux de prévalence moyen de 6,9%. 163 porteurs chroniques ont bénéficié d’examens cliniques et biologiques complémentaires et seuls 4 étaient éligibles au traitement. Nos analyses chez les enfants <15 ans ont montré que la prévalence du VHB dans ce groupe d’âge était de 1,6% seulement. Notre étude sur la couverture vaccinale du vaccin contre le VHB introduit en 2004 dans le programme élargi de vaccination a montré que 69% des enfants nés à partir de 2013 étaient vaccinés dans les délais recommandés par l’OMS. Concernant l’introduction de la dose à la naissance en 2016, seuls 55% des enfants ont été vaccinés dans les 24h suivant la naissance. Nos analyses sur l’immunité vaccinale (réalisées à partir de la détection des anticorps sur DBS) ont mis en évidence que parmi les enfants vaccinés dans les délais recommandés, seuls 51% ont une immunité détectable et celle-ci semble diminuer avec l’âge. Par ailleurs, nos travaux chez les femmes en âge de procréer ont montré qu'elles avaient des connaissances très faibles sur l’hépatite B malgré une prévalence importante dans ce groupe (estimée à 12%). Seules 1% de ces femmes avait déclaré avoir déjà fait un dépistage avant l’enquête et aucune des femmes diagnostiquées porteuses chroniques n’était déjà au courant de son statut. Enfin, nos analyses sur les capabilités de santé ont permis de développer un modèle à équations structurelles permettant d’identifier 3 dimensions de capabilités de santé (accès aux soins, capacité à prendre des décisions et état de santé) et d’étudier les interactions entre ces dimensions ainsi qu'avec des variables sociodémographiques classiques (âge, sexe, éducation, ressources...). La référence des porteurs chroniques vers les lieux de prise en charge s’est poursuivie en 2021. Cette dernière année a également été consacrée à la restitution des résultats aux professionnels de santé et autorités sanitaires nationales via la rédaction d’un document de synthèse des résultats de la recherche et l’organisation de deux ateliers à Fatick et Dakar. La valorisation des résultats s’est également poursuivie avec à ce jour cinq articles publiés, deux thèses soutenues, une présentation à l’EUPHA en 2019 et deux présentations à l’AFRAVIH (édition 2020-2022).