Evaluation des expériences et perspectives des personnes co-infectées par le VIH-VHC (HSH et UDI) après la guérison, par antiviraux à action directe en France

Problématique : 

Les antiviraux à action directe (AAD) pour le traitement de l'hépatite C ont significativement transformé l'expérience de la maladie, la réponse et les trajectoires de vie des personnes vivant avec le VIH et le VHC. Alors que les traitements incluant l’interféron pégylé pouvaient durer jusqu'à un an, s’accompagnaient de nombreux effets secondaires (par ex : syndrome grippal, anémie, effets dus aux interactions avec le traitement pour le VIH) et étaient associés à un taux de réponse virologique soutenue (RVS) limité (40-60% des personnes traitées), les AAD requièrent des cycles de traitement plus brefs (8 à 12 semaines), ont beaucoup moins d'effets secondaires et un taux de réponse avoisinant 100%. Cependant, nous n'avons aucune information sur la façon dont l'accès à ces nouveaux traitements a modifié les trajectoires sociales et sanitaires des personnes vivant avec le VIH et le VHC. Cette absence d'information concerne en particulier les personnes infectées par usage de drogues par injection (UDI) et les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH) – deux groupes ayant des taux de co-infection VIH-VHC élevés et qui expérimentent une série de barrières sociales et structurelles à l'accès aux soins.

Objectifs : 

Les objectifs de cette étude sont :
- D’identifier l’état de santé post-traitement et les trajectoires sociales des UDI VIH+ et des HSH après guérison du VHC grâce aux AAD ;
- De documenter les expériences des UDI VIH+ et des HSH ayant des pratiques à risque de VHC après guérison du VHC ;
- D’informer les politiques de santé et donner des directives sur la prise en charge des patients traités par AAD, pour optimiser les résultats du traitement chez les UDI VIH+ et chez les HSH afin de prévenir la réinfection sur le long terme.
- De documenter les perceptions et représentations des patients VIH-VHC guéris de l’hépatite C puis réinfectés par le VHC.

Méthodologie : 

L'étude qualitative comprend deux vagues d’entretiens semi-structurés : l’une menée auprès de 25 UDI et 25 HSH suivis à Paris (n=25), et Marseille (n=25) ; la seconde menée auprès d’une vingtaine de patients réinfectés. Le recrutement a lieu au sein de la cohorte ANRS CO13 HEPAVIH qui inclut des patients coinfectés par le VIH et le VHC. Les résultats de cette recherche serviront à l'élaboration des politiques de santé, à l’ère de l’accès universel aux AAD, et fourniront également des éléments pour améliorer l’accès aux soins et la prise en charge clinique des patients afin d'optimiser les résultats du traitement et de prévenir la réinfection par le VHC sur le long terme. Nous utiliserons également les résultats de cette étude pour l'élaboration d'outils de recueil adaptés à ces populations, pour une utilisation future dans des études transversales que les investigateurs de l'étude mènent actuellement en France et au Canada.

État d'avancement : 

La première vague d’entretiens a été réalisée à Marseille et à Paris. Une première étude mixte (quantitative-qualitative), menée à partir de 47 entretiens (27 chez des UDI et 20 chez des HSH), a mis en lumière des différences de vécu entre HSH et UDI, liées notamment à l’ancienneté de l’infection (article publié dans Journal of Viral Hepatitis).
Neuf participants réinfectés par le VHC ont été interviewés lors de la deuxième vague d’entretiens qui s’est déroulée dans les services participant à la cohorte HEPAVIH. Les analyses sont actuellement en cours et les résultats sont prévus pour le second semestre 2021.